« Avec Jever, j’ai gagné le gros lot »

Aller à l’étranger au cours de l’apprentissage – c’est un rêve que la logisticienne Maria Schmid a pu réaliser il y a un peu plus de deux ans. Avec d’autres apprentis et apprenties du centre de formation professionnelle IDM à Thoune, elle est partie pour trois semaines à Jever, où elle a continué à travailler comme apprentie.  

de Daniel Fleischmann

« Si nous ne proposons que du scolaire, il manque quelque chose. L’école doit également offrir des expériences », affirme Boris Seiler. Il dirige le service Technique & logistique du centre de formation professionnelle IDM à Thoune, et est volontiers prêt à s’investir à titre gracieux à l’occasion. Il y a un peu plus de quatre ans, en quête de possibilités d’échange pour les jeunes en formation, il a finalement trouvé par détours ce qu’il cherchait à Jever en Allemagne. « Je ne savais même pas trop où cela se situait », se souvient-il. Seiler envoya une requête à l’école locale de formation professionnelle BBS, qui lui répondit au bout de 24 heures à peine. On lui demandait quand on pourrait venir le chercher à la gare, quel hôtel il souhaitait. Lors de la première rencontre quelques mois plus tard, le recteur de l’époque, Jan Zimmermann, lui donna l’accolade, puis lui fit visiter pendant quatre jours l’école, les entreprises et les attractions touristiques. « C’est ainsi que sont les gens là-haut », dit Seiler. « Avec Jever, j’ai gagné le gros lot. »

Marina Schmid : Un peu trop de travail de routine

Environ deux ans plus tard, cinq apprentis et apprenties de l’IDM prirent avec deux enseignants le train pour Jever. Le trajet dura dix heures ; Jever est l’un des recoins les plus reculés du pays, et pourtant ouverte au monde. Marina Schmid, apprentie en logistique en troisième année, était de la partie. Elle allait passer trois semaines dans un environnement inconnu, mais c’est précisément cela qui l’avait motivée à participer au voyage. « Cela m’intéressait de découvrir d’autres modes de travail, d’autres gens », se souvient-elle. « Je repartirais volontiers tout de suite, par exemple au Canada. »

Les cinq jeunes étaient logés dans une maison de vacances, le programme hebdomadaire était similaire à celui qu’ils avaient chez eux : quatre jours de travail dans une entreprise, une journée d’école. Marina fut affectée au producteur de peintures naturelles Biopin, où elle put après quelques heures déjà effectuer des travaux de façon autonome. « Essentiellement, je préparais des commandes », raconte-t-elle, « mais c’était moins intéressant que les tâches des autres apprentis. » L’un d’eux travaillait dans une usine aéronautique, un autre dans un entrepôt frigorifique. « Cet apprenti fit preuve d’un tel engagement qu’il reçut une offre d’emploi pendant la période de l’échange même », raconte Boris Seiler.

Mais les journées passées à l’école professionnelle étaient passionnantes pour Marina également. Les jeunes y étaient confrontés à des sujets qui ne leur étaient pas encore familiers, tels que le marketing. Par ailleurs, l’école BBS à Jever dispose de ses propres halles de production pour les métiers artisanaux du bâtiment. Le flux de marchandises de ces halles est organisé par les apprenties et apprentis en logistique – « qui sont ainsi en plein dans l’orientation pratique », comme l’exprime Boris Seiler. En outre, l’école dispose d’un centre d’entreprise virtuel avec tout ce que cela englobe – les achats, le service à la clientèle, l’expédition. « Au niveau de la logistique, les Allemands sont en avance sur nous », dit Marina Schmid. Elle se souvient aussi avec plaisir des deux week-ends où ils sont allés à Wilhelmshaven sous la direction de leurs deux professeurs et ont visité l’île de Langeoog. Les horaires de travail en Allemagne également l’ont impressionnée : on ne commençait qu’à huit heures, et terminait à trois heures et demie déjà, avec deux pauses d’une demi-heure. Calculez donc !

Les objectifs de l’échange

Le centre de formation professionnelle IDM n’a pas pu réaliser d’activités de mobilité ces deux dernières années en raison du Covid-19, mais prévoit à nouveau cette année un échange de jeunes. Cela implique bien entendu aussi l’organisation de la visite de retour. Jusqu’à présent, on a tout d’abord montré aux participantes et participants le Niessen, la montagne locale de Thoune, sur laquelle mène, outre un train, le plus long escalier du monde avec 11 674 marches. « Qui le souhaite peut monter à pied », dit Boris Seiler en riant. La participation à l’échange est limitée au maximum à six jeunes qui entrent en ligne de compte du fait de leur attitude et de leurs performances. « Pendant trois semaines, ils doivent suivre l’enseignement à distance », explique Boris Seiler à propos de la sélection. « Et bien entendu, les entreprises formatrices doivent accepter qu’ils soient absents pendant trois semaines. » Mais heureusement, jusqu’à présent, cela n’a pas posé de problème : « Il y a suffisamment d’entreprises qui ont l’esprit ouvert et veulent proposer quelque chose à leurs apprenties et apprentis. De plus, pour elles, l’effort d’organisation est égal à zéro. »

Finalement, à leur retour, les jeunes ont pour tâche de présenter leurs expériences personnelles. « C’est là que j’entends dire ce qui compte dans l’échange. Découvrir une autre culture, élargir la perspective suisse et s’en sortir dans un environnement étranger », expose Boris Seiler. Et il y a encore un autre aspect important, poursuit Seiler et raconte comment Jan Zimmermann, à l’époque recteur de l’école de Jever, lui a dit avec émotion lors de leur première rencontre : « Nous avons pour mission de réunir les jeunes de nos pays. Ils doivent apprendre à aller à la rencontre les uns des autres, car c’est ainsi seulement que nous pourrons éviter qu’ils recommencent à se taper dessus. » Aujourd’hui, Jan Zimmermann est à la retraite, mais sa vision perdure.

Source : Daniel Fleischmann, 2022: « Avec Jever, j’ai gagné le gros lot »: Grâce à Movetia, des apprentis en logistique passent trois semaines en allemagne. Transfert, Formation professionnelle dans la recherche et la pratique (2/2022), SRFP, Société suisse pour la recherche appliquée en matière de formation professionnelle.

Plus d'informations sur le projet du centre de formation professionnelle IDM Thun dans la news «Proches malgré les 923 km qui nous séparent».